Publié dans école, Cas d'école, Vidéo

Quand cela nous questionne au plus profond

Tout d’abord, il y a eu le temps de la colère, le temps où je me suis dit qu’ils n’allaient rien m’épargner cette année. Je me suis dit que l’on avait touché le fond. Au fil des révélations, au fil des paroles, au fil des larmes, je n’ai pu que constater l’étendu des dégâts: 7 sur mes 10 garçons de CM2 étaient des harceleurs sur le temps du transport scolaire.
Ce jour-là, mes yeux s’ouvraient, mon cœur de maitresse pleurait et mon estomac se tordait jusqu’à la nausée.
Ce jour-là, en les regardant mon regard était dur, mes paroles étaient cinglantes et remplies de colère.

Ce jour-là, c’est d’abord aux multiples victimes qu’il a fallu penser. La parole enfin libérée devint être entendue avec la plus grande bienveillance. Les CE2, les plus jeunes de notre école, furent les plus traumatisées. Ils ont pris le bus avec la boule au ventre et ça…depuis tellement longtemps.

Ce jour-là, nous avons eu un discours énergique pour les témoins. Il faut que le silence soit brisé, ils doivent agir, ils ne doivent pas tolérer. Je comprends que certains aient peur mais ils doivent penser aux victimes.

Ce jour-là, j’étais en colère contre moi…de n’avoir rien compris, de n’avoir rien voulu voir, car franchement il y avait tous les signaux d’alerte allumés au vue de ma troupe.

Et puis il y a eu les jours qui ont suivi, on était des jours de discussion. Il a fallu parler avec les différents parents. Nous avons fait un travail encore plus approfondi sur le harcèlement scolaire dans nos classes. Nous nous sommes servis de cette vidéo (je vous conseille de la montrer à vos enfants et d’en parler.).

Par la suite, il y a eu le temps du désir de comprendre, de parler avec eux mes harceleurs, leur parler en étant plus apaisée.

C’est terrible c’est que certains harceleurs furent d’abord des harcelés par certains des harceleurs. Ils étaient des victimes qui sont devenus des bourreaux. Tout simplement, car en faisant partie du groupe, ils n’étaient plus harcelés et puis ils faisaient partie du groupe. Ils n’avaient pas, ils n’ont pas la conscience de leurs gestes. Pour beaucoup, c’était pas grand chose: les brimades, les insultes, les petits coups derrière la tête, les bousculades, les menaces…En discutant avec certains, des larmes coulaient…mais certains recommenceront peut-être. Ils n’arrivent pas à sortir de ce rituel malsain,  de ce rapport aux autres. Ce groupe-là est une meute.

Pour nous enseignantes, il est difficile d’avoir une prise bien ferme sur ces enfants-là car il y a ce temps, ce temps sans cadre institutionnel: celui où on attend le bus, celui où on rentre dans le bus, celui où on est dans le bus pour aller à l’école ou à la maison. Pourtant les adultes du bus mettent des choses en place mais ils ne peuvent y avoir un adulte par banquette. Il y a un adulte en plus que le chauffeur…et cet adulte présent est de la volonté de la mairie et non de la législation.

Pauvres victimes et pauvres harceleurs…quand l’école échoue dans sa bienveillance.

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5 commentaires sur « Quand cela nous questionne au plus profond »

  1. Mieux vaut réagir pendant que les enfants sont jeunes c’est important d’en parler
    Il y a eu des cas de suicides de jeunes a cause du harcèlement qui peut se poursuivre en dehors des classes et maintenant jusque sur Internet ..
    et nous même en temps qu’adulte nous ne devrions pas être des harceleurs

  2. Dur… Dur pour tout le monde, quand le cercle vicieux est enclenché et que la souffrance est générale, on espère, nous autres adultes responsables de ces enfants, avoir les bons mots, la bonne attitude, mais il y a une part d’impuissance, justement parce qu’on n’est jamais là quand « ça se passe ». L’écoute est essentielle, l’écoute de tous, et ce n’est pas une mince affaire. On parle beaucoup des enfants victimes dans les médias, mais personne n’imagine son enfant dans le rôle du harceleur… Il faut pourtant les aider, et très vite, ne pas les installer dans un rôle, ne pas les culpabiliser à outrance, les aider à sortir de ce fonctionnement qui souvent les met également en souffrance.
    Nous avons dans notre école un souci avec les plus grands également, qui concerne le harcèlement mais s’exprime différemment. Une enfant s’estime harcelée et victime de racisme, nous avons donc réagi très vite. Questionnés, les autres ont reconnu la mettre à l’écart : elle les insupporte tant elle se montre autoritaire… Il s’avère finalement que cette enfant accuse de violence ceux « qui ne lui obéissent pas et refusent de faire ce qu’elle dit » ! La maman est très vindicative, en grande souffrance, elle victimise sa fille et génère un stress énorme… Bref, chaque histoire est différente, et en démêler les rouages n’est pas simple.

  3. merci de ce partage. Je cherchais justement un truc à montrer à ma fille, car deux garçons de sa classe ont ce genre de comportement à la cantine ou en garderie, et leurs actes font peur mais amusent (pour ne pas devenir vicitime, on rit des horreurs des autres …) … Je vais pouvoir montrer ça !

  4. Faut-il être si dur contre l’école. Elle n’est pas la seule à éduquer. Qu’est ce la société offre comme héros ? Comme modèle de relation. La domination est banalisée. Pour parler aux enfants il faut aussi des adultes avertis. Merci pour ton article. Restons dans le dialogue.

    1. L’école n’est pas la responsable. Mais j’aimerais tellement pouvoir les éduquer à la paix. J’aimerais pouvoir leur garantir d’être bien dans ce lieu des apprentissages.

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