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Je me lâche par ici

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Je continue à tenir ma ligne de conduite, c’est à dire ne pas critiquer les enseignants de ma fille devant elle, plutôt ne pas porter de jugement sur leur manière d’enseigner.

Je ne vous cache pas que depuis qu’elle est rentrée dans le monde de l’école, je me suis mordue plusieurs fois la langue pour ne rien dire.

Ma fille est très scolaire donc elle s’adapte très bien aux enseignants classiques qui ont une manière vieille d’enseigner. Elle peut rester longtemps assise à un bureau et être une élève modèle…après elle explose à la maison, mais ceci est un autre sujet.

Je râle souvent dans mon fort intérieur car j’aurais aimé qu’elle vive une scolarité avec des enseignants stimulants, enthousiasmants, qui développent la créativité et non le conformiste…Loupé pour l’instant.

Les enseignants pensent souvent que je la fais travailler à la maison. C’est mal me connaitre: scolairement je fais le strict minimum à la maison, c’est à dire les devoirs demandés. C’est bon, je suis déjà maitresse la journée.

Je rêve que ma fille sorte de l’école en me racontant avec enthousiasme sa journée de classe remplie de projets, de créativité. Mais non, au menu ce sont fichiers, bureaux en rang d’ognon et bien assise toute la journée , avec un peu de sport, un peu d’arts plastiques ou… pas.

Cette année, elle aime la manière de sa maitresse de gérer le comportement. Pour résumé de manière sarcastique « plus tu es sage, conformiste plus tu as des points qui te permettent d’accéder à des privilèges.  » Ma fille est sage, ma fille est dans la règle à l’école. Donc au bout de 4 semaines, elle a eu droit à son premier privilège (le dauphin bleu).

Premier réflexion: 4 semaines c’est long!

Roulement de tambour pour le premier privilège. Ma fille a désormais le droit de prendre un livre de la bibliothèque de classe et le garder dans son casier.o4ummszm

Deuxième réflexion: depuis quand le plaisir de lire doit être un privilège à acquérir

J’ai demandé à GirlyMowgli combien d’enfants avaient eu ce privilège? Elle m’a avancé le nombre de 10 sur 27 élèves.

Troisième réflexion: si je suis un enfant en mal de lecture, est-ce que je vais kiffer d’obtenir ce premier privilège? Réponse: Non, non, non!!!

Le même privilège pour tous, pour une tribu de 27 élèves avec des caractères, des passions différents.

Quatrième réflexion: pour  motiver les élèves, il faut prendre en compte leur mode de fonctionnement .

Dans ma classe, ce sont mes élèves qui choisissent leurs privilèges, ils font des propositions lors de conseil d’enfants.

 

 

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Publié dans apprentissage, école, éducation

Envie d’empathie, de non-violence

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Après avoir eu besoin de gérer trop souvent du harcèlement scolaire dans mon école, après être entrain de trop souvent gérer des conflits violents dans la cour (surtout en verbal et en agressivité), j’en suis arrivée à être insatisfaite de nos actions. Une impression de tourner en rond. Un goût amer d’insatisfaction.

J’ai envie de plus d’empathie, j’ai envie de plus de paix dans notre microcosme : l’école.

Certains diront que l’école ne peut pas tout faire et ne peut pas combler les manques des familles. D’autres diront que les actions menées par l’école si elles ne sont pas relayées dans les familles, cela ne servira à rien. He bien moi, ces remarques ne me satisfont pas. L’école a vraiment un rôle à jouer dans l’acquisition de compétences autres que disciplinaires.

I have a dream. Dans chaque école, dès la petite section, on développerait des compétences relationnelles et émotionnelles de nos élèves et cela chaque année. Et qu’en prime, les adultes de l’école seraient très investis dans ce projet et seraient très vigilants dans leur attitude et comportement. Ce seraient tous des adultes bienveillants.

Je suis convaincue que si les enseignants se relevaient les manches, ils pourraient permettre à leurs élèves d’être des futurs adultes heureux. Rien que ça! Allez-vous m’objecter. Et moi, je vous réponds « oui ». Bien évidemment que beaucoup de familles jouent ce rôle-là avec leurs enfants. Mais d’autres ont des vies de famille pas toujours simples ou éloignées de l’essentiel.

Alors bien évidemment mon doux rêve ne pourra se faire sans les familles. Il y a une réelle nécessité à faire rentrer les parents dans nos écoles. Nous sommes des partenaires et non des adversaires. C’est terminé l’école de Jules Ferry qui s’attribuait une mission éducative qu’elle estimait non être remplie par les familles. L’école de cette époque avait le désir d’éloigner les enfants des croyances familiales.

Ce temps-là est révolu ainsi que ces missions.
Rencontrer les parents, c’est se donner les moyens de mieux comprendre ce qui peut freiner l’engagement ou contrarier l’apprentissage. L’élève est sensible à la convergence des intentions à son égard, y compris si les façons de le manifester sont diverses.
(…)
Plutôt que de porter des jugements hâtifs sur leurs comportements. Il me semble judicieux de s’efforcer de comprendre leur logique. Il revient aux enseignants de faire le premier pas.
(…)
Prendre le temps d’écouter le point de vue des parents est le meilleur moyen pour qu’ils acceptent en retour d’entendre le nôtre.
Jacques Bernardin
Publié dans apprentissage, école, Réflexion

Transmettre

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Au début, ce fut la colère, l’aigreur et l’abattement qui m’ont envahie. En juin, quand est arrivé cet hold-up sur les rythmes scolaires, j’ai bien failli jeter l’éponge et tirer un trait sur mon métier.

En fin juin, en quelques jours, dans la rapidité et un claquement de doigts, nous voilà revenu en arrière, nous voilà à la semaine de 4 jours.

Avec ma collègue, nous avons vécu cela comme un uppercut. Nous avons été sonnées surtout par la méthode.
Un nouveau président arrive, il se déclare être un président différent avec des méthodes différentes. Et dans la foulée, on balaye une réforme sans évaluer de la pertinence…comme avant. A ce moment-là, ce fut plus qu’une évidence: le système ne peut pas évoluer, il est sclérosé. Cela a encore démontré que les enjeux sont ailleurs et ne sont pas forcément pour le bien-être des enfants.

Il faut être clair:

  • Les mairies se sont saisies de cette possibilité offerte par l’exécutif. On va leur couper les vivres, la réforme des 4 jours et demi coûtant cher, zou du balai.
  • Les parents d’élèves, par rapport à leur besoin perso et leur envie de fournir des activités sportives, culturelles à leur progéniture, ont été trop contents de revenir en arrière.
  • Les enseignants, sur ce coup-là, n’ont jamais été aussi en accord avec les mairies et ils ont pu récupérer leur cher mercredi entièrement.

Et les apprentissages dans tout ça? qu’un détail…Et les enfants en difficultés d’apprentissage à qui on enlève une matinée d’apprentissage? un second détail…

Ensuite l’été est arrivé, je me suis recentrée, j’ai mis à distance mon abattement. J’ai tourné mille fois dans ma tête cette envie folle de quitter l’Education Nationale. Mais je revenais toujours au même endroit, j’aime enseigner, j’aime ce métier dans son essence, j’aime transmettre.

J’ai pris la décision de ne pas continuer ma formation CAFIPEMF car je ne crois plus en ce système et j’ai décidé de me recentrer uniquement sur ma classe, sur mon école et ne plus m’occuper des décisions ministérielles. Je reste uniquement en lien avec lui pour le programme, …Et puis, bon, je suis aussi directrice d’école donc j’ai trouvé un compromis avec moi-même et ce système sclérosé.

Avec ma collègue, nous avons beaucoup discuté. Nous avons opté pour faire de notre école, une école « alternative » au sein de l’Éducation Nationale. Nous avons le désir et une grande volonté  de dépoussiérer encore plus notre manière d’enseigner. Nous allons encore plus nous focaliser sur nos élèves et on va INNOVER. On va sortir de notre zone de confort. Une nouvelle aventure peut commencer sans rien attendre des autres.

je vous conseille de lire: un article sur le documentaire « une idée folle ».

 

NB: les  photos sont celles  de  notre superbe voyage en Islande de cet été.

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Publié dans apprentissage, école

De l’égo au groupe

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Eux et moi nous avons trouvé un équilibre durant cette dernière période. Des conflits ont persisté mais dans l’ensemble ils ont réussi à jouer la même partition.

La tempête s’est calmée et nous avons pu connaitre une période calme, pourtant elle fut longue.

Je crois que plus on se rapprochait de la fin, plus ils tissaient des liens chaleureux et tendres avec moi. Incontestablement, beaucoup ont peur de cette nouvelle aventure : le collège. Alors il y a eu des régressions. Dans ces moments-là, je les ai accompagnés avec plus de bienveillance.

Terribles enfants si attachants. Il y a eu des années où certains enfants étaient plus froids moins dans le lien avec moi. Ils partaient sans dire au revoir. Ils avaient traversé ma classe. Mais le cru de cette année a été haut en couleur. La plupart d’entre eux ne sont pas dans la nuance, ni dans le pastel, ce sont des couleurs vives sans compromis, sans filtre.

Depuis quelques temps, j’ai bien vu qu’il se tramait quelque chose avec mes CM2: des sourires discrets, des regards complices, des objets cachés, des enfants qui me surveillaient en récréation…La fin d’année arrivant j’ai compris qu’ils me préparaient une surprise. Comme souvent, j’ai fait ma naïve qui ne voyait rien. Je ne m’attendais pas à cela.

Un petit groupe d’enfants ont été les chefs d’orchestre d’une sacrée surprise qui m’a beaucoup touchée.

A la fin de notre spectacle de fin d’année, ils m’ont demandé de les accompagner sur scène et là, ils m’ont offert une boite à chaussures remplie de petits présents faits par eux ou achetés…beaucoup de sucreries 😉

Ils étaient vraiment très touchants.

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Publié dans apprentissage, école, éducation

Un carquois et des flèches

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Quand cette année, nous avons été confrontées au harcèlement scolaire et au climat d’école qui se détériorait…nous avons tourné et retourné la situation pour comprendre.

Les enfants avaient souvent des rapports aux autres qui relevaient du rapport de force, du rabaissement, des moqueries…Nous étions devenues le bureau des pleurs « Il m’a dit ça », « Il m’a fait ceci. » . Et toujours par bienveillance, nous nous escrimions à essayer de régler ces diverses situations. Nous avons opté pour la solution de l’adulte, c’est à l’adulte de régler cela.

Et là, j’ai écouté un podcast d’Emmanuelle Piquet « Souffrances dans la cour: mieux armer les enfants contre le harcèlement. » et là, ce fut THE révélation. Emmanuelle Piquet,  psychopraticienne en thérapie brève, fondatrice des centres chagrin scolaire, prend un tout autre angle. Pour elle, il faut que nous n’intervenions pas dans les relations entre les enfants (à part grosse problématique). Nous devons apprendre à nos enfants à tous âges (elle raconte une anecdote à la crèche) à avoir un carquois dans leur donner et apprendre à tirer des flèches (avec les mots, avec l’humour). Elle part du principe que le harcelé, s’il ne règle pas lui-même son problème, sera toujours dans cette position.

Elle est très intéressante à écouter, elle a beaucoup d’humour. Et elle s’appuie sur les cas qu’elle a été amenée à traiter.

Depuis que j’ai écouté Emmanuelle Piquet, j’essaye d’agir différemment. Quand un enfant vient se plaindre d’un autre, nous réfléchissons ce qu’il pourrait faire lui (tirer sa flèche). L’idée c’est que l’enfant se rende compte qu’en faisant bouger les lignes, cela a de fortes possibilités de marcher.

Et le deuxième effet kiss cool, l’enfant aura rempli son réservoir d’estime de soi. Il sera content de lui d’avoir agi par lui-même.

Il n’est pas facile aux adultes (parents ou enseignants) de garder une certain distance. En voulant bien faire, nous envenimons les choses car du coup, les « embêteurs » le feront avec plus de sournoiserie.

Je vous conseille la lecture de cet article: « Cette femme apprend aux enfants à riposter. »

Et voici deux des ouvrages d’Emmanuelle Piquet que je n’ai pas encore lus.

Publié dans apprentissage, école, être soi, Humeur

Cela ressemble à un consensus.

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Je mettais une croix pour tout jour fait dans cette classe.

J’ai beaucoup crié, je me suis beaucoup agacée contre ce groupe si compliqué. J’ai été frustrée de ne pouvoir amener tant de projets au bout.

Cette année fut parsemée de beaucoup d’agressivités, d’agitations, d’égos  surdimensionnés. Et puis il y a eu aussi à gérer des problèmes de parents. Ce fut compliqué mais j’ai réussi à séparer ma vie perso de ce chaos.
J’ai été déçue de ne pas arriver à lâcher prise quand j’étais face à eux.

Et puis un jour, eux et moi on s’est amarrés ensemble, nous sommes montés dans le même bateau . J’ai réussi à lâcher prise, nous avons plus ri, j’ai moins crié, j’ai ressenti moins d’agacement en moi. Quelque chose s’est apaisée en moi et j’ai pu créer plus de liens entre eux et moi. Ils sont toujours aussi agités, beaucoup sont à côté de la plaque.

Ce qui est fou, c’est que durant tous ces mois si compliqués, j’ai toujours su que ce groupe si « électron libre », m’estimait beaucoup. Entre eux et moi (eux et leur enseignante de référence), il y a une relation comme des maternelles avec leur maitresse ou maitre.

Peut-être qu’en cette fin d’année, le collège arrivant ils ont besoin de se rapprocher. Je sens qu’ils sont tiraillés. Quelquefois, certains me disent en souriant si je peux les garder l’an prochain. Oui, c’est indéniable, j’ai lâcher-prise en ce dernier mois d’école. Je ne ferai pas de miracle désormais, c’est un fait. Mon âme de maitresse a intégré ce paramètre.

Certains ont avancé, certains ont grandi, d’autres se sont enlisés, n’ont pas trouvé sens à l’école.

Dans cette classe, on rit, on partage des bons moments…mais aussi je leur mets encore quelques dégagés, dans ces moments-là, ils ressemblent au chat Potté.

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Publié dans apprentissage, école, Cas d'école

Un élève parmi d’autres #7

Lui, il est chétif, c’est un petit gabarit. Pourtant les parents ne sont pas de petits gabarits surtout le papa. Mais lui, il ressemble à petit oisillon tombé du nid. A force de vivre avec lui dans l’école ou dans la classe, au fil des années, au fil des observations, au fil des relations, j’ai appris à comprendre que l’angoisse, le stress le rend chétif. Il est très jovial, il a un sourire qui n’ose pas, qui est retenu. Quelquefois, dans la classe, l’éclat de rire le submerge, le dépasse.

Depuis deux ans, il s’est installé dans un rituel qui est devenu un cercle vicieux. Dès qu’il doit passer devant ses camarades: exposé, poésie, …il démarre la journée en sanglots, la tête dans les bras. Il a du mal à se calmer, je le fais souffler. Souvent cela finit qu’il  me récite qu’à moi. Desfois, je ne déroge pas, je l’accompagne mais il doit passer devant ses camarades et là, il prend son envol. Les parents ont tenté de s’occuper de son stress, mais en vain. A chaque fois que le professionnel se rapproche du problème, il se met en croix et il refuse de retourner le voir. En ce moment, il a un joli bracelet avec des pierres contre le stress mais bon…c’est pour l’instant inefficace.

C’est un enfant attachant qu’on aurait tendance à protéger, qui  dépend de l’adulte. Il n’arrive pas à prendre des décisions, tellement peur de ne pas prendre la bonne. Il n’arrive pas à déterminer ce qu’il veut faire, il attend que l’adulte choisisse pour lui.

C’est un enfant en grandes difficultés: des difficultés avérées mais d’autres  non. Oui, il a une dysorthographie. Mais pour moi, ce n’est pas ça le fond du problème. Il a des capacités pour faire mieux mais il trie, il ne s’implique pas dans ce qui lui demande des efforts. C’est un passionné de géométrie, il a un compas dans l’œil, il reproduit les figures rapidement. Il passe son temps à démonter, construire. Sa trousse est la caverne d’Ali baba. Nous lui avons trouvé un surnom gentil en accord avec notre lecture: Dédale l’architecte.

Mais voilà les années passent et c’est la fin du primaire, ce petit garçon chétif si stressé va devoir se jeter dans la gueule du collège car c’est cela aussi grandir.