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Teaser: un hold-up

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Et voilà, les vacances sont là. Une nouvelle année scolaire vient de prendre fin, ma treizième waoouh!

Celle-ci ne fut pas piquée des vers, haute en couleur. La dernière période de douze semaines fut loooongue, très looongue! De plus, la canicule ne nous a pas épargnés, nous avons eu des 34° dans nos classes.

Et puis nous avons vécu un vrai hold-up. Comme ce sont les vacances, je ne vous déverserai pas tout mon ressentiment, toute mon aigreur concernant cet hold-up. Je vous en reparlerai en fin de vacances. Je vous raconterai la dernière arnaque, celle qui a permis en un claquement de doigts de revenir sur les rythmes scolaires. Le hold-up qui fait qu’en deux jours, sans réflexion aucune, il a été décidé de repasser de 4 jours et demi à 4 jours. A vomir!

Ce jour-là, j’ai su que j’avais perdu mes illusions dans  l’Education Nationale!

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De l’égo au groupe

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Eux et moi nous avons trouvé un équilibre durant cette dernière période. Des conflits ont persisté mais dans l’ensemble ils ont réussi à jouer la même partition.

La tempête s’est calmée et nous avons pu connaitre une période calme, pourtant elle fut longue.

Je crois que plus on se rapprochait de la fin, plus ils tissaient des liens chaleureux et tendres avec moi. Incontestablement, beaucoup ont peur de cette nouvelle aventure : le collège. Alors il y a eu des régressions. Dans ces moments-là, je les ai accompagnés avec plus de bienveillance.

Terribles enfants si attachants. Il y a eu des années où certains enfants étaient plus froids moins dans le lien avec moi. Ils partaient sans dire au revoir. Ils avaient traversé ma classe. Mais le cru de cette année a été haut en couleur. La plupart d’entre eux ne sont pas dans la nuance, ni dans le pastel, ce sont des couleurs vives sans compromis, sans filtre.

Depuis quelques temps, j’ai bien vu qu’il se tramait quelque chose avec mes CM2: des sourires discrets, des regards complices, des objets cachés, des enfants qui me surveillaient en récréation…La fin d’année arrivant j’ai compris qu’ils me préparaient une surprise. Comme souvent, j’ai fait ma naïve qui ne voyait rien. Je ne m’attendais pas à cela.

Un petit groupe d’enfants ont été les chefs d’orchestre d’une sacrée surprise qui m’a beaucoup touchée.

A la fin de notre spectacle de fin d’année, ils m’ont demandé de les accompagner sur scène et là, ils m’ont offert une boite à chaussures remplie de petits présents faits par eux ou achetés…beaucoup de sucreries 😉

Ils étaient vraiment très touchants.

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Un carquois et des flèches

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Quand cette année, nous avons été confrontées au harcèlement scolaire et au climat d’école qui se détériorait…nous avons tourné et retourné la situation pour comprendre.

Les enfants avaient souvent des rapports aux autres qui relevaient du rapport de force, du rabaissement, des moqueries…Nous étions devenues le bureau des pleurs « Il m’a dit ça », « Il m’a fait ceci. » . Et toujours par bienveillance, nous nous escrimions à essayer de régler ces diverses situations. Nous avons opté pour la solution de l’adulte, c’est à l’adulte de régler cela.

Et là, j’ai écouté un podcast d’Emmanuelle Piquet « Souffrances dans la cour: mieux armer les enfants contre le harcèlement. » et là, ce fut THE révélation. Emmanuelle Piquet,  psychopraticienne en thérapie brève, fondatrice des centres chagrin scolaire, prend un tout autre angle. Pour elle, il faut que nous n’intervenions pas dans les relations entre les enfants (à part grosse problématique). Nous devons apprendre à nos enfants à tous âges (elle raconte une anecdote à la crèche) à avoir un carquois dans leur donner et apprendre à tirer des flèches (avec les mots, avec l’humour). Elle part du principe que le harcelé, s’il ne règle pas lui-même son problème, sera toujours dans cette position.

Elle est très intéressante à écouter, elle a beaucoup d’humour. Et elle s’appuie sur les cas qu’elle a été amenée à traiter.

Depuis que j’ai écouté Emmanuelle Piquet, j’essaye d’agir différemment. Quand un enfant vient se plaindre d’un autre, nous réfléchissons ce qu’il pourrait faire lui (tirer sa flèche). L’idée c’est que l’enfant se rende compte qu’en faisant bouger les lignes, cela a de fortes possibilités de marcher.

Et le deuxième effet kiss cool, l’enfant aura rempli son réservoir d’estime de soi. Il sera content de lui d’avoir agi par lui-même.

Il n’est pas facile aux adultes (parents ou enseignants) de garder une certain distance. En voulant bien faire, nous envenimons les choses car du coup, les « embêteurs » le feront avec plus de sournoiserie.

Je vous conseille la lecture de cet article: « Cette femme apprend aux enfants à riposter. »

Et voici deux des ouvrages d’Emmanuelle Piquet que je n’ai pas encore lus.

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Cela ressemble à un consensus.

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Je mettais une croix pour tout jour fait dans cette classe.

J’ai beaucoup crié, je me suis beaucoup agacée contre ce groupe si compliqué. J’ai été frustrée de ne pouvoir amener tant de projets au bout.

Cette année fut parsemée de beaucoup d’agressivités, d’agitations, d’égos  surdimensionnés. Et puis il y a eu aussi à gérer des problèmes de parents. Ce fut compliqué mais j’ai réussi à séparer ma vie perso de ce chaos.
J’ai été déçue de ne pas arriver à lâcher prise quand j’étais face à eux.

Et puis un jour, eux et moi on s’est amarrés ensemble, nous sommes montés dans le même bateau . J’ai réussi à lâcher prise, nous avons plus ri, j’ai moins crié, j’ai ressenti moins d’agacement en moi. Quelque chose s’est apaisée en moi et j’ai pu créer plus de liens entre eux et moi. Ils sont toujours aussi agités, beaucoup sont à côté de la plaque.

Ce qui est fou, c’est que durant tous ces mois si compliqués, j’ai toujours su que ce groupe si « électron libre », m’estimait beaucoup. Entre eux et moi (eux et leur enseignante de référence), il y a une relation comme des maternelles avec leur maitresse ou maitre.

Peut-être qu’en cette fin d’année, le collège arrivant ils ont besoin de se rapprocher. Je sens qu’ils sont tiraillés. Quelquefois, certains me disent en souriant si je peux les garder l’an prochain. Oui, c’est indéniable, j’ai lâcher-prise en ce dernier mois d’école. Je ne ferai pas de miracle désormais, c’est un fait. Mon âme de maitresse a intégré ce paramètre.

Certains ont avancé, certains ont grandi, d’autres se sont enlisés, n’ont pas trouvé sens à l’école.

Dans cette classe, on rit, on partage des bons moments…mais aussi je leur mets encore quelques dégagés, dans ces moments-là, ils ressemblent au chat Potté.

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Mes lectures 2017 #21 & 22

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Depuis l’an dernier, je découvre la mythologie grecque en même temps que mes élèves.  L’an dernier, nous avons lu à nos élèves « Le feuilleton d’Hermès » (voir ICI). Et cette année, nous lisons « Le feuilleton de Thésée » (voir ICI). Dans ce feuilleton, j’ai découvert le mythe d’Oedipe ainsi que celui de sa fille Antigone. Ces deux personnages m’ont littéralement fascinée. J’avais quelques connaissances sur Oedipe mais après avoir lu son histoire avec mes élèves, j’ai eu follement envie d’en savoir plus.

Antigone, fille incestueuse d’Oedipe et de sa mère Jocaste, est un personnage incroyable. Elle est courageuse, fidèle à son père mais surtout fidèle à ses convictions. Quand Oedipe s’exile après s’être crevé les yeux, Antigone l’accompagne dans son périple. Elle laisse tout derrière elle: famille, confort…

Avec Bauchau, on retrouve Antigone quand elle revient de son périple car son père est mort. Ce roman nous montre Antigone qui tente avec toute son âme de réconcilier ses deux frères. Ces derniers ne pensent qu’au pouvoir, qu’à dominer l’autre.

« C’est beau, Antigone. C’est elle et ce sont eux. C’est la beauté de notre mère, non pas comme elle était mais dans leurs regards. Etéocle qui sait qu’il est fasciné, presque aveuglé, et Polynice qui l’est aussi mais qui, enfermé dans sa gloire, l’ignore.
C’est aussi tellement toi, Antigone, cette confiance intarissable dans l’action de la vérité, dont on ne sait si elle est magnifique ou seulement idiote. Crois-tu qu’on peut sans délirer, espérer comme tu fais ? Est-ce que tu penses que les jumeaux te comprendront et que même s’ils te comprennent, cela les fera sortir de leur passions ? »

Elle tentera de faire le lien afin d’éviter le drame mais  en vain. On suit Antigone dans cette quête de la réconciliation impossible: elle les aime tant.

Lumineuse, intrépide, féminine, l’Antigone d’Henry Bauchau s’inscrit avec force dans l’histoire de la réécriture du mythe.
Il fallait sans doute un roman pour incarner les passions de la jeune mendiante qui, après après avoir suivi son père, le roi aveugle Œdipe, des années durant, prend contre toute prudence le chemin de Thèbes avec l’espoir d’empêcher la guerre entre les fils de Jocaste, ses deux frères tant aimés. Commence alors pour elle une suite d’épreuves, de doutes, de joies et de déchirements.

Source Babelio

J’ai d’abord lu la version d’Anouilh. Je sais que je l’ai lu au lycée mais sans conviction à l’époque. C’est avec curiosité, que j’ai redécouvert cet ouvrage.  Très vite, je me suis habituée au type de texte du théâtre. Je l’ai même oublié. A travers son écriture, Jean Anouilh nous dépeint une Antigone sans concession. Elle s’oppose jusqu’à la mort, au roi Créon. Lui, ne veut pas céder et elle veut que son frère Polynice soit enterré afin que son âme trouve le repos. Les dialogues sont magnifiques.

Après Sophocle, Jean Anouilh reprend le mythe d’Antigone. Fille d’Oedipe et de Jocaste, la jeune Antigone est en révolte contre la loi humaine qui interdit d’enterrer le corps de son frère Polynice. Présentée sous l’Occupation, en 1944, l’Antigone d’Anouilh met en scène l’absolu d’un personnage en révolte face au pouvoir, à l’injustice et à la médiocrité.

Je trouve qu’Antigone est un personnage, qui au bout de tous ces siècles, reste profondément contemporaine. Elle est fascinante par sa détermination et sa droiture. C’est une femme d’exception.

Il me reste plus qu’à lire la version d’origine de Sophocle.

Publié dans école, éducation, Réflexion

Plus d’illusions, est-ce grave?

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Au début de ma carrière, je ne comprenais pas ces instits blasés que je rencontrais dans les réunions. Je m’offusquais de ces enseignants qui ne prenaient plus acte des changements de programme.

J’étais jeune dans le métier et j’étais remplie d’illusions. Le hasard de la vie m’a amené à devenir enseignante à 31 ans. Ce métier je l’ai vraiment eu dans la peau, il m’a consumé, il m’en a fait perdre le sommeil. Il est passé si souvent en priorité dans ma vie.

Travailler pour des enfants, auprès des enfants c’est passionnant. Être enseignant c’est un beau métier. On éveille des enfants, on les ouvre au monde. Avec les grands, on leur développe l’esprit critique. Certes, n’oublions pas que nous leur transmettons des savoirs.

Quand je suis devenue enseignante, j’étais si fière de faire partie de cette grande aventure « l’Education Nationale ». J’étais fière d’enseigner dans l’école publique…quelle chance nous avons d’être dans un pays qui offre à nos enfants l’instruction gratuite et pour tous: étrangers, handicapés, sans discrimination aucune. Waoouh! quelle chance nous avons! mais nous l’avons oublié. La morosité ambiante nous fait oublier toutes les belles choses de notre pays.

Les premières années j’étais contrariée par toutes ces remarques contre l’école, contre le enseignants. J’étais peinée vraiment. Et puis, un jour, je suis devenue hermétique à tout cela, les remarques ont glissé…ou peut-être était-ce le début de l’érosion…de la perte de mes illusions.

Puis il y eut le règne de Nicolas Sarkozy, nous fûmes malmenés. Moi, en tant que directrice, ce ne fut pas toujours simple beaucoup de pressions. Et puis nous dûmes cohabiter avec un programme ahurissant. L’érosion de mes illusions a continué.

Sous Hollande, j’ai eu des sursauts de joie, ce fut les montagnes russes. Les grandes transformations furent entamées mais inachevées. Et plus la transformation s’engageait, plus les attaques, les hostilités s’amplifièrent. Les gens ont manqué de raison, de recul, de sagesse et n’ont plus analysé ces transformations avec le recul nécessaire, ils ont juste réagi…surréagi. L’érosion de mes convictions a pris de l’ampleur.

Et là, nous sommes rentrés dans une nouvelle ère de changements. En tant que citoyenne, je suis assez enthousiaste d’avoir du renouveau dans la classe politique. Je suis fière d’avoir un jeune et brillant président. Je savais très bien que les rythmes scolaires allaient être remis sur le tapis. Mais voilà les rythmes scolaires vont être choisis par les maires. Ce qui se passe à l’école, va être décidé par les maires. A cette annonce si rapide et sans évaluation du dispositif existant, quelle chose en moi a cédé. Je n’ai plus envie de résister…Je ne sais pas encore si c’est irréversible mais je n’y crois plus. J’ai perdu mes illusions. Je crois que je n’aurai plus la foi de continuer ma formation au CAFIPEMF. Je rêve d’un autre métier.

Je crois que je suis résignée aucune transformation est possible. Je ne sais où l’avenir va me mener mais il est possible que cela soit ailleurs. Wait and See.

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Un élève parmi d’autres #7

Lui, il est chétif, c’est un petit gabarit. Pourtant les parents ne sont pas de petits gabarits surtout le papa. Mais lui, il ressemble à petit oisillon tombé du nid. A force de vivre avec lui dans l’école ou dans la classe, au fil des années, au fil des observations, au fil des relations, j’ai appris à comprendre que l’angoisse, le stress le rend chétif. Il est très jovial, il a un sourire qui n’ose pas, qui est retenu. Quelquefois, dans la classe, l’éclat de rire le submerge, le dépasse.

Depuis deux ans, il s’est installé dans un rituel qui est devenu un cercle vicieux. Dès qu’il doit passer devant ses camarades: exposé, poésie, …il démarre la journée en sanglots, la tête dans les bras. Il a du mal à se calmer, je le fais souffler. Souvent cela finit qu’il  me récite qu’à moi. Desfois, je ne déroge pas, je l’accompagne mais il doit passer devant ses camarades et là, il prend son envol. Les parents ont tenté de s’occuper de son stress, mais en vain. A chaque fois que le professionnel se rapproche du problème, il se met en croix et il refuse de retourner le voir. En ce moment, il a un joli bracelet avec des pierres contre le stress mais bon…c’est pour l’instant inefficace.

C’est un enfant attachant qu’on aurait tendance à protéger, qui  dépend de l’adulte. Il n’arrive pas à prendre des décisions, tellement peur de ne pas prendre la bonne. Il n’arrive pas à déterminer ce qu’il veut faire, il attend que l’adulte choisisse pour lui.

C’est un enfant en grandes difficultés: des difficultés avérées mais d’autres  non. Oui, il a une dysorthographie. Mais pour moi, ce n’est pas ça le fond du problème. Il a des capacités pour faire mieux mais il trie, il ne s’implique pas dans ce qui lui demande des efforts. C’est un passionné de géométrie, il a un compas dans l’œil, il reproduit les figures rapidement. Il passe son temps à démonter, construire. Sa trousse est la caverne d’Ali baba. Nous lui avons trouvé un surnom gentil en accord avec notre lecture: Dédale l’architecte.

Mais voilà les années passent et c’est la fin du primaire, ce petit garçon chétif si stressé va devoir se jeter dans la gueule du collège car c’est cela aussi grandir.